L’Europe éclatée – Facture et fracture

L’Union européenne vit une lente agonie et cette réflexion sur son avenir pourrait s’intituler : ‘’ Chronique d’une mort annoncée’’. Elle nous fait tous les jours la cinglante démonstration de son incapacité d’agir !

Il n’y a que les technocrates de Bruxelles, les Eurodéputés de Strasbourg, les fonctionnaires de Luxembourg pour ne pas (vouloir) s’en rendre compte ; opportunisme ou cécité ?

‘’L’Europe de l’Atlantique à l’Oural ’’, citation attribuée au Général de Gaulle qui la prônait délibérément pour ne pas prendre le risque de la voir se réaliser, était et reste une utopie. C’est sur cette utopie que l’Europe ou plutôt la Communauté européenne qui était à l’origine une Union douanière de pays souverains, zone de libre-échange que nos politiciens ont transformée, agrandie et délibérément alourdie par des institutions aussi nombreuses qu’illisibles pour nous, citoyens européens et pour paraphraser les paroles de Charles de Gaulle sur l’O.N.U., cette Union est devenue ‘’un Grand machin’’ dirigée par des technocrates ‘’démocratiquement’’ nommés. A cette construction toujours élargie et souvent rafistolée, il fallait bien donner une base morale à sa consolidation et plus tard à son extension ; l’objectif des successeurs des ‘’Pères fondateurs, restait toujours de garantir la paix mais en son nom, de parvenir à bannir les Etats, en assimiler leurs populations sous la bannière de cette ‘’Grande Europe’’. Dans cette nouvelle création politique en devenir, on a jeté pêle-mêle en pâture aux Euro-citoyens, des idéaux de principes communs, de valeurs communes, une monnaie commune, des frontières communes, bref, tout ce qu’il y avait de plus commun au sens le plus commun du terme ! et ce, tout en y introduisant progressivement et sans aucune consultation des citoyens, afin de ne pas heurter les opinions publiques des pays-membres, de nouveaux adhérents qui étaient eux aussi sensés respecter les généreux idéaux d’adhésion qui sont la pierre angulaire de l’Europe.

Cette utopie que Charles de Gaulle, l’un des derniers hommes politiques clairvoyants que notre continent ait connu, avait eu l’immense lucidité de pressentir que cette Europe rassemblant tout un continent qui avait été convoitée par les grands conquérants au cours de notre histoire était une conquête du graal impossible. Tous les souverains, les autocrates, les despotes qui ont voulu au cours des siècles, par l’esprit, par la pensée, par la religion ou par l’épée, réunir les états ou qui mieux est, les peuples européens, ont échoué dans leur tentative. L’Europe n’est pas une, ni par son histoire, ni par ses peuples, ni par ses cultures, ni par ses religions, elle est au contraire multiple, complexe, hétérogène et c’est très bien ainsi. Cette lente agonie de l’Europe est parfaitement le reflet de toutes ses disparités qui éclatent au grand jour.

Facture nord-sud – du cap Nord à Gibraltar

En ce qui concerne la facture, mise à part l’Irlande qui a été dopée par des crédits européens à profusion pour contraindre son peuple à dire oui au référendum de 2005 et plus récemment, pour donner son aval, également par référendum (fait isolé et obsolète en Europe !) sur différents accords qui nécessitaient l’adhésion des pays-membres mais, faut-il le souligner, sans aucune consultation de leur population car le référendum qui permet aux peuples de s’exprimer sur des questions primordiales qui les concernent s’avère trop dangereux  pour le prétendu fonctionnement démocratique européen ! Ce sont les pays méridionaux : Italie, Grèce, Espagne, Chypre, Portugal  qui ont sollicité nos aides et bénéficié de nos transferts. Transferts nord → sud, il s’entend ! En sus de budgets généreux qui leur furent alloués à des titres divers, se sont des aides nombreuses et variées leur ont été accordées sans examen critique des dossiers et avec la passivité ou pire, le manque de contrôle des autorités européennes sur tous ces fonds attribués. Pléthore de transferts nord → sud encore pour pallier les difficultés financières dues à de mauvaises gestions, des gaspillages de toute nature, les gabegies en tout genre afin de tenter d’établir un illusoire équilibre entre la riche Europe du nord et la pauvre Europe du sud, Mezzogiorno à l’italienne en quelque sorte.

Fracture, oui entre les modèles latin et rhénan (*), entre cigales et fourmis (**), entre une conception doctrinale diamétralement opposée de gestion économique et sociale. Alors que les pays d’Europe du nord prônent un système de gestion faisant confiance à l’initiative privée, encouragent les investissements productifs, dimensionnent les dépenses publiques aux tâches que doivent remplir l’Etat et les collectivités dans le rôle qui leur est assigné, ils restreignent les investissements improductifs économiques ou sociaux à l’aune de leur absolue nécessité, à contrario, les pays du sud de l’Europe défendent une conception interventionniste de l’Etat dans l’économie, une société d’assistanat qui décourage l’initiative privée. Ils accroissent sans cesse les dépenses publiques pour financer et/ ou soutenir des activités qui ne sont pas de leur compétence ; en consolidant la starification de la société, ils instaurent par là un immobilisme social au nom d’une égalité tarissant les sources de la promotion individuelle à l’encontre de la compétition innée chez l’homme pour parvenir à un meilleur avenir. Ce paradigme est basé sur un modèle social obsolète, distributeur de richesses qui n’ont pas encore été crées, décourageant les initiatives créatrices de ces richesses qui, non disponibles, sont préalablement dépensées. Cette politique nécessite le recours à l’emprunt permanent dont le remboursement grève anticipativement les générations futures. Poussée à l’extrême, c’est la gestion catastrophique passée et actuelle de la Grèce, qui par la faute d’une politique non collectrice mais distributive, a tari ses ressources et augmenté ses dépenses ; ce pays prodigue est forcé maintenant de recourir aux menaces et aux chantages pour voir les intérêts de ses dettes publiques reportés sine die ou celles-ci, tout simplement diminuées, voire, demain purement et simplement effacées pour que le pays  »berceau de notre civilisation » doit coûte que coûte rester dans le giron européen alors que qu’il n’avait pas la capacité, morale d’adhésion à l’Union européenne, encore moins économique de faire partie de l’Eurogroupe. La France, elle, se trouve à la croisée des chemins et son parcours se rapproche dangereusement de celui des cigales (**) et de leurs chants alors que maintenant, c’est cette même France qui voudrait établir une partition harmonieuse de l’Europe en matière de gouvernance par le recours à un Eurogroupe renforcé, doté d’un gouvernement et d’un budget propres sous domination allemande et française bien entendu; la France pour définir un nouveau pacte de stabilité et de croissance afin d’éviter de décrocher des critères de Maastricht, l’Allemagne, elle, par souci d’hégémonie, ne faisant que confirmer une situation acquise. Alors que la France aurait dû faire l’objet de sanctions depuis de nombreuses années pour un déficit supérieur à celui autorisé et des dépassements budgétaires endémiques, il n’est plus question pour ce ‘’Grand pays’’ de se voir infliger des sanctions par une application stricte de ‘’la Règle d’Or’’ qui devait solennellement être gravée dans le marbre de la ‘’Table des lois’’. La France fait l’objet de la mansuétude de la Commission européenne et ne s’encombre plus de recommandations pour lesquelles elle ne se sent pas concernée en tant que pilier de plâtre (fragile) de la Communauté européenne !

La politique que nos édiles européens ont prônée pour favoriser les régions par des fonds spécifiques régionaux ou interrégionaux au détriment des Etats nationaux a été menée délibérément pour diminuer les prérogatives de ces derniers en augmentant celles de ‘’l’Etat européen’’ et partant, renforcer le pouvoir de leurs institutions, sinon leur pouvoir personnel (et parfois concurrents) à Bruxelles, Luxembourg ou Strasbourg. Un ‘’Etat européen’’ ne pourrait être que technocrate et dirigiste pour être en mesure de gérer, par un pouvoir centralisateur, autant de politiques nationales divergentes que de pays le composant, alors que la nation européenne, malgré toutes ces contraintes, celle des peuples n’existera jamais !

La politique menée par l’Europe a encouragé les nationalismes régionaux, affirmés en Espagne, en Belgique, au Royaume-Uni et latents dans d’autres pays européens pour des raisons qui sont tout autant, une résurgence d’une identité régionale face à un pouvoir de plus en plus éloigné du citoyen européen dont ils se sent éloigné et même absent, qu’à une politique régionale de rééquilibrage, en créant notamment des fonds spécifiques, régionaux, sous-régionaux, transrégionaux, etc…..; cette même politique régionale a indirectement encouragé une multitude de collectivités régionales, subrégionales, locales, dans tous les domaines et créant par ce mille-feuilles de pouvoirs, des besoins de ressources qui ont conduit à alimenter un tonneau sans fond à charge du contribuable (européen); en cela aussi la politique européenne a échoué !
Le résultat de cette fracture se manifeste dans la montée de l’extrême droite dans les pays du Nord pour lesquels ces transferts sont devenus insupportables en raison d’une pratique qui est devenue courante et d’un défaut potentiel de certains pays débiteurs de rembourser leurs dettes mais également par l’attitude arrogante de leurs populations qui sont choquées voire scandalisées, par les efforts qui leur sont demandés en retour des fonds qui leur sont alloués. Montée également, mais de l’extrême-gauche cette fois, dans les pays du sud qui tirent profit de leur situation sociale désastreuse pour accuser de tous leurs maux, moins l’Europe que les pays créditeurs,…. A l’exemple du gouvernement grec qui s’appuie sur une extrême gauche fréquentable ( ?) et une extrême droite qui, elle, est généralement qualifiée de populiste mais en l’occurrence n’est pas perçue comme telle par Bruxelles, car ce gouvernement ne présente aucune alternative pour obtenir une majorité, opportunisme européen oblige ! il fallait, il faut, il faudra sauver la Grèce quel qu’en soit le prix politique et financier à payer. Cette fracture se manifeste par la montée de l’extrême-gauche dans les pays du sud de l’Europe qui n’est pas perçue ou plutôt, n’est pas mise en cause par les milieux européens qui, euro-politiquement corrects, n’y voient pas de populisme alors qu’une poussée de l’extrême droite, qualifiée, elle, de populiste dans les pays du nord et de l’est de l’Europe, se développe comme un chancre, manifestation populaire du ras-le-bol de la politique communautaire, devant laquelle certaines élites dans leurs ‘’Tour d’Ivoire’’ européennes dénoncent la peste brune prenant délibérément exemple sur l’une des périodes les plus sombres de notre histoire pour en tirer parti en manipulant l’opinion publique tout en passant sous silence la terreur de l’époque stalinienne.

Fracture est-ouest – L’Europe de l’Atlantique à l’Oural

A l’ouest, il y a une île dont l’attachement à l’Europe n’est pas une tradition séculaire….

Le Royaume-Uni est de plus en plus proche du ‘’Brexit’’, cette dernière impertinence britannique provoque des cris d’orfraie des bons apôtres européens qui n’avaient cessé de critiquer ce pays pour son isolationnisme et son manque de solidarité européenne. Le Général de Gaulle, toujours lui, s’était pourtant opposé en 1963 à la demande d’adhésion du Royaume-Uni en soulignant l’incompatibilité entre les intérêts économiques continentaux et insulaires. L’histoire lui adonné raison puisque ce pays a toujours ignoré la solidarité européenne, avec le slogan « I want my money back », ne participait pas aux ‘’Accords de Schengen’’, refusait la monnaie unique et s’était vu accorder des exemptions de toutes sortes en parfaite contradiction avec les règles communes. Le ‘’Brexit’’ actuel est peut-être la dernière revendication britannique ? A voir les supplications de nos édiles européens pour les ‘’contraindre’’ à rester dans leur ‘’espace européen’’, on peut en douter !

L’Europe en route vers l’Oural…..Drang nach Osten…

Il suffit de se référer à l’histoire de l’Europe pour comprendre que les pays d’Europe orientale n’ont pas vocation à adopter les valeurs européennes et en accepter les principes. L’adhésion à l’Union européenne était la condition sine qua non pour ces pays de bénéficier des budgets au niveau de ceux des pays-membres avec en prime, de plantureux subsides pour les inciter à rejoindre le clan occidental après des années d’esclavage soviétique. Cette vision utopique de nos édiles européennes s’est ternie lorsque la plupart d’entre eux après leur adhésion à l’Union européenne n’ont pas voulu de la monnaie unique (et n’en veulent toujours pas) mais qui plus est, s’est maintenant transformée en cauchemar lorsqu’ils se sont aperçus que cette adhésion ne reposait que sur un objectif mercantile, et sous un parapluie protecteur bon marché mais que sur le plan des valeurs et des principes, pierre angulaire de l’Europe, ils refusent toute ingérence européenne dans la gestion politique et morale de leurs Etats. Les réactions exacerbées des pays de l’est-européen, notamment ceux du Višegrad-Gruppe dans l’Union européenne, Hongrie, Pologne, Slovaquie, Tchéquie, face aux évènements migratoires que nous vivons sont sans équivoque quant à la solidarité qui leur est désespérément demandée ; il ne doit pas, ni nous étonner, ni nous émouvoir  que ces pays ne veulent pas de la répartition des émigrés, ils ne veulent pas de réfugiés qui n’ont pas leurs principes moraux, leur civilisation, ni leur religion toujours omniprésente dans leur destinée sociale et politique; à cet égard, l’histoire aurait dû servir de guide à notre décision mais leur adhésion a été acceptée alors que, si ces pays ont adhéré à la Communauté européenne, ce n’est ni par souci d’appliquer ses principes, ni ces valeurs mais plus prosaïquement et seulement pour bénéficier de la manne des budgets et des aides européennes. 

A l’exemple des exemptions et privilèges accordés au Royaume-Uni depuis son adhésion, et notamment les dérogations récentes pour éviter le ‘’Brexit, cette négociation  »réussie » pourrait faire tâche d’huile dans les pays de l’Europe de l’est et c’est à son tour la République tchèque qui envisage maintenant un ‘’Czxit’’, on pourrait à cet effet paraphraser la déclaration tonitruante de Madame Tatcher par ‘’We got the money, now we want to go out’’….
C’est la Commission européenne qui, par sa volonté de résoudre la crise migratoire sans concertation, exaspère ces pays. La Bulgarie, Croatie, Hongrie, Roumanie, Slovénie viennent de faire un véritable pied de nez à l’U.E et lui infliger un cinglant camouflet pour démontrer son incapacité d’avoir anticipé et actuellement de gérer la crise migratoire. Budapest serait prêt à organiser un référendum si les Institutions européennes en arrivaient à vouloir les obliger à accepter des réfugiés dont la civilisation ne correspond pas à celle de leur population ; peut-on leur donner tort ?

A l’est, les pays d’Europe orientale sont en Europe, ils ne sont pas dans l’Europe….

Sans tenir aucun compte de l’expérience vécue et encore moins des problèmes posés par ces pays des Balkans, la Commission envisage d’engager une procédure d’adhésion pour des pays qui sont à la marge de l’Europe, l’Albanie, la République de Macédoine, le Monténégro et la Serbie….. De plus, elle poursuit la même procédure en cours avec la Turquie sous la pression pour des raisons qui paraissent aujourd’hui évidentes mais qui le seront beaucoup moins demain ! Il ne faut en aucun cas déplacer le centre de gravité de l’Europe et accueillir des pays dont les principes et les valeurs sont de plus en plus différentes avec l’éloignement. Aux problèmes auxquels nous devons faire face vis-à-vis des pays du centre-est européen, s’ajouteront ceux d’une instabilité récurrente, de haine vivace et séculaire entre ethnies et ‘’last but not least,,, une corruption endémique qui touche tous les niveaux des pouvoirs en place.
Si ces pays requièrent des fonds et comme tous les autres pays de l’est, bénéficier de nos transferts est->ouest déjà évoqués, notre esprit généreusement paneuropéen ne doit pas nous exalter et doit s’arrêter à nos frontières extérieures actuelles qui sont déjà très difficile à déterminer ; les accords avec ces pays doivent se limiter à leur consentir des fonds de développement mesurés, soumis à la réalisation de projets viables et contrôlés avec le devoir, en réciprocité, d’améliorer leurs économies, leurs finances, leurs niveaux sociaux et culturels sans gaspillage, ni corruption.

L’Europe n’a pas d’avenir sans une refonte fondamentale de ses objectifs, de ses capacités, de son fonctionnement, peut-être mourir comme le phénix pour mieux renaître de ses cendres !

(*) Modèles latin et rhénanmodèle_latin_rhénan_png0001

(**)La cigale et la fourmi
 La Cigale, ayant chanté tout l'été, se trouva fort dépourvue quand la bise fut venue. Pas un seul petit morceau de mouche ou de vermisseau. Elle alla crier famine Chez la Fourmi sa voisine, la priant de lui prêter quelque grain pour subsister jusqu'à la saison nouvelle. Je vous paierai, lui dit-elle, avant l'août ,foi d'animal, Intérêt et principal. La Fourmi n'est pas prêteuse ; c'est là son moindre défaut. Que faisiez-vous au temps chaud ? dit-elle à cette emprunteuse. Nuit et jour à tout venant, je chantais, ne vous déplaise. Vous chantiez ? j'en suis fort aise,  et bien ! dansez maintenant

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