LA COMMUNAUTE EUROPENNE & LE DENI DE DEMOCRATIE

  • LA COMMUNAUTE EUROPEENNE
    ET

    LE DENI DE DEMOCRATIE

Le mépris des citoyens

On connaissait déjà le mépris des édiles européens pour les citoyens depuis l’épisode du référendum sur la Constitution, rapidement transformée en traité constitutionnel européen pour ne pas heurter la souveraineté des Etats-nations mais nécessairement soumis à la voie référendaire. Echaudés par ce référendum les ’’Princes’’ européens qui nous gouvernent ont cessé de recourir à cette voie démocratique, procédure d’expression populaire qu’ils jugent trop dangereuse pour assurer, contre leur gré, le bien-être des peuples de l’Europe mais surtout voie beaucoup trop parsemée d’embuches pour la garantie de leurs intérêts personnels. Commissaires et Europarlementaires veulent se préserver de tout risque alors que, confortablement confinés dans leurs Tours d’Ivoire européennes, ils veulent ignorer la vox populi trop bruyante pour leurs délicates oreilles. En effet le peuple, qualifié à tort de souverain par ces pontifes, ne peut exprimer son sentiment de rejet de leur Europe par référendum ; en effet, il n’est pas suffisamment intelligent pour répondre positivement à une question même simple contenue dans un texte simple s’il ne répond pas dans le sens qui lui a été suggéré par ceux dont le référendum est issu. Nos sommités européennes ont la fâcheuse habitude de prendre les (Euro)citoyens pour des ingrats sinon pour des illettrés et ne recourent plus aux référendums dont ils connaissent trop bien le résultat qui sortirait des urnes et en contradiction avec leurs intérêts. Le traité constitutionnel européen fut rejeté par les citoyens récalcitrants de quelques pays mais néanmoins obligés de s’en remettre, sous la pression de Bruxelles, au vote de leurs représentant élus dans parlements nationaux afin de tordre le bras à ces rebelles. La plupart des parlementaires avaient un intérêt personnel pour voter en faveur du référendum ; en effet, désavoués par les citoyens des Etats-membres mais ils reniaient sans aucune pudeur leurs électeurs ; ces dignes représentants du peuple escomptaient, qu’en cas de trou d’air, ils pourraient, le moment venu enfiler un ‘’parachute doré’’ pour atterrir en douceur sur les bancs de Strasbourg par la grâce de leur parti politique national.


Pour s’en convaincre, il suffit de se pencher sur l’origine des Europarlementaires siégeant au Parlement européen pour se rendre compte que nombre d’entre eux sont d’anciens élus rejetés par des élections nationales qui effectuent leur traversée du désert dans des fauteuils confortables en attendant que le vent tourne ; pour d’autres, ce sont des personnalités qui ne sont plus en état de grâce dans leur parti et vont au bagne à Strasbourg pour purger leur peine, pour d’autres encore, il s’agit d’anciens parlementaires ou ministres décatis passant une retraite paisible et bien méritée pour prolonger une carrière féconde dans la capitale alsacienne. Dans le cas de l’Irlande, il a suffit à la Commission d’exercer des ‘’pressions amicales’’ sous forme d’avantages divers accordés à la verte Érin pour obliger les citoyens à renier leur vote par un nouveau référendum qui celui-ci, nécessairement favorable, quelle surprise….., démontrait la reconnaissance des citoyens pour leurs bienfaiteurs européens.
Comme pour tous les référendums nationaux qui ont suivi cette déconvenue, les édiles européens n’ont eu de cesse de dénoncer le manque de démocratie, de souligner la difficulté de prendre position même sur des questions simples pour abolir ce mode de scrutin et éviter soigneusement ne pas devoir y recourir au niveau européen.
Le recours au référendum au niveau européen est suicidaire ; il faut à tout prix éviter la dislocation de l’empire et de leurs thuriféraires sous la pression citoyenne et tant pis pour la démocratie.

Après la voie référendaire et le recours à la décision des citoyens, ce sont maintenant les traités qui sont dans le collimateur des Instances européennes, prérogatives actuellement partagées mais et qui devraient en toute logique européenne être négociés non plus par les gouvernements des pays membres, et le cas échéant par leurs régions, mais par les Instances européennes elles-mêmes pour les faire passer en force et arracher l’adhésion au forceps des textes concoctés dans la Commission à l’exemple du traité CETA dont la saga fait l’objet d’un total mépris des pays souverains.

Le mépris de démocratie à l’encontre des pays membres

La démocratie n’est décidément pas l’apanage des élites européennes.
Avant le référendum sur le Brexit, le président le la Communauté européenne clouait au pilori le Royaume-Uni par cette déclaration : « je suis sûr que les déserteurs ne seront pas accueillis à bras ouverts », quelle leçon de démocratie ! mais heureusement, le Brexit est devenu réalité malgré les vociférations de Jean-Claude Juncker qui s’était par ailleurs promis de ne pas intervenir dans la campagne !

Récemment, une passe d’armes s’est instaurée entre le parlement élu et le gouvernement légitime d’une région belge qui faisait de la résistance au traité ‘’CETA’’ considérée comme rébellion vis-à-vis des toutes puissantes Institutions européennes. C’était l’épine plantée dans le pied européen par les culs terreux wallons qui osaient retarder la signature urgente dudit traité accouché dans la douleur après une négociation qui a duré 7 ans dans l’édifice opaque du Berlaymont. Nos sommités européennes pensaient la partie gagnée car une région rebelle que d’aucuns appelait province, n’acceptait pas de digérer ‘’la potion magique’’ de l’élixir européen ; adieu vaches, cochons, couvée…, peuple ignare, citoyens rétrogrades de seconde zone qui ne font même pas partie d’un grand pays.
Qu’à cela ne tienne, il faut faire plier ces irréductibles, ces ignorants, ces reliques d’un passé obscurantiste et les mener par la force et le chantage à un monde moderne contre leur gré et assurer leur bien-être dans l’ère de la mondialisation!
La réaction à chaud (qui constitue une faute pour un magistrat) fut véhémente et hors de propos venant du président de la Commission : « ensuite, je veux rappeler que l’interlocutrice de la Commission n’est pas la région wallonne, mais le gouvernement fédéral » et de poursuivre, « exceptionnellement la commissaire Malmström et ses principaux négociateurs ont engagé des débats avec la Wallonie ». Quelle audace démocratique, quelle entorse aux règles communautaires vite redressée par le président : « j’invite la Belgique à réfléchir à son fonctionnement institutionnel quant à ses relations internationales». Une véritable intrusion dans la souveraineté d’un pays qui déshonore l’auteur de cette déclaration, la commission européenne et… la démocratie, valeur qui n’est probablement pas considérée comme valeur fondamentale de l’Europe.
Le président de la Commission a réagi à cette tentative d’indépendance et de démocratie en souhaitant modifier les règles du jeu par une redéfinition de la répartition des responsabilités pour la gestion de telles négociations (et signatures ?) qui sont encore de la prérogative des Etats souverains et la réduire à la toute puissante Commission. Il faut disait-il « réfléchir à ce qui relève de la responsabilité de la C.E. et ce qui doit être laissé aux Parlements européens ». Son commissaire Oettinger enfonçait le clou en qualifiant la Wallonie de « micro-région gérée par des communistes qui bloque toute l’Europe, ce n’est pas acceptable ». Est-ce là un éloge à la démocratie ?
Un Eurodéputé, qui exerce la présidence d’un groupe parlementaire et de nationalité belge de surcroit, excité de nature par son européanisme exacerbé a estimé que nos éminences européennes pourraient contourner le ‘’Non wallon’’ et revenir sur la proposition de la Commission européenne de faire du CETA un accord non mixte pour le considérer comme un traité relevant de la compétence exclusive de l’U.E et ce même député d’ajouter que si le blocage de signatures par les entités fédérées belges persistait, le Conseil pourrait « facilement décider que le CETA est un accord purement européen » et de terminer en prétendant que cela constituerait une « très bonne décision et un pas en avant dans l’intégration européenne » ; et de conclure : « Ce que montre cette question du CETA, c’est que nous devons revenir à des négociations commerciales qui soient uniquement de la compétence européenne ». Ce déni de démocratie venant d’un Eurodéputé élu par des citoyens d’un pays-membres constitue un déni de souveraineté qui fut aussitôt fait sien et adopté par le président Juncker qui prenait prétexte de ce sursaut d’indépendance impertinent pour décider qu’il fallait revoir la conduite de telles négociation et de conclusions d’accord avant de se prononcer en faveur d’une séparation nette (säuberliche) entre les matières qui tombent sous la responsabilité (Zuständigkeit) et ce qu’il est nécessaire de concéder aux parlements nationaux. Déni de démocratie de la Commission, déni de démocratie du Parlement européen vis-à-vis des représentants élus des peuples souverains qui sont et restent les véritables mandataires des citoyens des pays-membres.

Le mépris de démocratie et la bonne gouvernance

Quant à la résistance au traité ‘’CETA’’, européennes, le président de la Commission qui déclarait : «Nous avons un réel problème de gouvernance en Europe…..». Ce problème qui l’a créé ? Les Instances européennes elles-mêmes et leurs représentants actuels et passés par leur attitude autocratique et provocante, leurs propos outranciers et leurs dérives postérieures à l’exercice de leur mandat profitant de leurs cartes de visite encore fraîches pour obtenir un poste bien rémunéré grâce à leurs relations acquises durant leur mandat que nous avons, nous citoyens, rétribué par nos deniers.

En ce qui concerne des déclarations récentes, les propos inacceptables du commissaire européen Oettinger exigeaient de la part de son président plus que des excuses et des justifications qui ne peuvent satisfaire personne, sauf son chef lui-même qui, tel un maître d’école, réprimande d’une pichenette un élève indiscipliné et lui pardonne ses incartades par une sévère admonestation, ‘’Petit méchant, que je ne t’y reprenne plus’’. La décision du ‘’Gouvernant’’, à savoir le président de la Commission, n’est pas à la hauteur des déclarations indignes de son commissaire, d’autant qu’il ne s’agit pas de sa première incartade mais comme Madame Merkel a déjà couvert son protégé, il est difficile pour le chef européen de la Commission qui lui est redevable de sa fonction, de prendre des mesures sévères de blâme ou de révocation plutôt que de quémander des excuses et de réprimander un individu aussi peu respectable., Non, son châtiment sera particulièrement inhumain car il sera sanctionné par de nouvelles attributions qui lui seront confiées en début d’année (suggérées par la même Madame Merkel). Au nom de la bonne gouvernance, le président Juncker aurait été bien avisé d’exiger la démission d’un commissaire irrespectueux afin de ne pas déshonorer la Commission elle-même. La question est de savoir si le président pouvait se permettre une démarche aussi sévère. La réponse est évidemment négative parce que le ’’ Maître d’école’’ Juncker est lui aussi fautif dans sa gestion du problème de gouvernance en Europe. En effet, il prétendait à l’issue de l’accord sur le CETA que si des accusations de représailles auraient été émises à l’encontre de la Wallonie, il n’était pas à l’origine de ces menaces et de souligner pour consacrer l’absence d’une gouvernance collégiale « Il n’y a eu aucune instruction de ma part de menacer la Wallonie. Personne qui a négocié en mon nom avec la Wallonie et le gouvernement belge n’a menacé personne et si quelqu’un l’avait fait, je l’aurais retiré immédiatement ». Ce même Président de prétendre : « La Wallonie ? Je la connais mieux que n’importe quelle région d’Europe et qu’il n’avait pas de leçons à recevoir sur le régionalisme belge ». Monsieur Juncker ignore, malgré ses connaissances géopolitiques approfondies, qu’à côté de la région wallonne (communiste suivant son commissaire à l’Economie numérique), il existe une Communauté Wallonie Bruxelles (trotskiste probablement) qui était elle aussi opposée au traité et une Communauté germanophone de Belgique (anarchiste assurément) tout aussi adversaire de ce traité. Quel est encore le crédit de la Commission européenne dont le Président et les membres tiennent des propos inadmissibles et s’en excusent souvent très maladroitement.
Enfin, l’Italie n’a pas été en reste, car, osant critiquer la politique fiscale de la Commission européenne, le premier ministre italien s’est vu traité comme un malpropre par le Président Juncker balayant d’un « je m’en fous» les critiques du président du Conseil italien à l’encontre des «fonctionnaires de Bruxelles». Quelle belle leçon de démocratie et de bienséance !

Le mépris de démocratie et les fonctions post-commission

La bonne gouvernance de la Commission européenne s’affiche également dans la bonne pratique du pantouflage. Outre les commissaires, Madame Neelie Kroes et Monsieur Karl De Gucht qui ont bénéficié de postes confortables et bien rémunérés à l’image du prédécesseur de l’ancien président, Monsieur José luis Barroso. L’actuel président, qui, dans un premier temps, ne s’était pas ému de la nouvelle fonction de son prédécesseur auprès de la banque Goldman Sachs et en avait pris la défense en tant qu’ami, s’est ensuite rétracté sous la pression pour enfin dénoncer ce manque de déontologie et s’en remettre à l’avis d’un comité d’étique dont le sentence relève du plus grand pharisaïsme et devrait faire date dans les ‘’Morceaux choisis’’ des annales européennes en jugeant que : « L’ancien président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, n’a pas violé les règles d’intégrité et de réserve de l’UE en acceptant un poste à la banque d’affaires Goldman Sachs, a estimé le comité d’éthique de l’UE dans un avis publié lundi. Il juge toutefois son choix peu judicieux  » ! Circulez manants, il n’y a rien à voir, vous ne comprenez rien à une sentence conforme à l’étique pratiquée par les champions de votre démocratie, à savoir : 3 membres, issus de la Commission ou du Parlement et non de juristes indépendants ; cela revient à dire vulgairement :‘’tu prends l’ascenseur, et je te le renvoie pour que puisses atteindre un étage supérieur le moment venu, mais ne m’oublies pas de me le renvoyer’.’
Les commissaires européens, présidents en tête, devraient faire preuve d’une éthique personnelle irréprochable et ne pas, à postériori, modifier les règles du jeu en allongeant la période d’attente obligatoire des présidents de commissions (quid des commissaires ?) pour l’obtention d’un poste important acquis grâce à leurs contacts et connaissances noués au cours de leur mandat. Le président actuel de déclarer : « J’ai peut-être attendu longtemps pour dire ce que j’en pensais moralement. L’important est que j’en tire les conséquences pour moi-même ( !) de l’évènement. Mais j’ai du mal à accepter qu’on critique ma ( !) commission de toutes les responsabilités des comportements
précédents »
. C’est du grand art !
Peut-on dès lors admettre comme le président Juncker le prétend que : « les Européens ne s’aiment plus entre eux…» En vérité, ce sont les Européens qui n’aiment plus l’Europe car ils sont de plus en plus sceptiques sur cette Europe, les mérites de sa gouvernance, l’honnêteté (intellectuelle ?) de ses membres et l’éthique de ses gouvernants.

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