LES TRAVAILLEURS DETACHES – LA TRANSHUMANCE DES TRANSPORTEURS ROUTIERS DES PAYS BALTES ET DES BALKANS

Le Président français a remis à l’ordre du jour des questions européennes brûlantes et avec quelle fougue, le problème des travailleurs détachés dont on connaît déjà la pression de dumping social sur la survie de nos économies et le péril qu’ils représentent avec plus ou moins d’acuité suivant le besoin en main d’œuvre des pays membres, les secteurs concernés et la pénurie de main d’œuvre, c’est le cas de l’Allemagne ou celui du chômage incurable, c’est le cas de la France. En ce qui concerne les secteurs les plus concernés, il s’agit des entreprises de travaux publics et privés, de l’arboriculture, de la viticulture et des autres secteurs à fort taux de main d’œuvre non spécialisée dont les entreprises font appel à ces ouvriers, souvent pour compenser leurs rendements trop faibles et dont le seul coût du travail ne peut cependant fournir  la seule explication. Il est pour le moins curieux que les entreprises de transport routier des pays-membres ne se plaignent pas de cette concurrence déloyale venue de l’Europe de l’Est dans l’espace européen ?  Capture5Des camions de toutes nationalités de l’Europe de l’Est, des pays baltes aux Balkans sillonnent toutes nos autoroutes, routes nationales ou régionales pour des transports qui sont parfois des matériaux de construction, des matières de chantiers que l’on peut, sans risque de se tromper, faire l’objet de trajets courts, sinon, de cabotage. On peut aussi affirmer, sans risque d’erreur, que leurs chauffeurs sont issus de ces pays sont des travailleurs, non pas détachés, mais de travailleurs nomades dont les conditions de rémunération, les charges sociales sont aussi celles de leurs pays d’origine, éléments d’un coût salarial contre lequel les transporteurs routiers de l’Europe de l’ouest sont incapables de rivaliser. Ces transports routiers devraient représenter pour les entreprises de l’Europe de l’Ouest un dumping insupportable pour la rentabilité de leurs entreprises de transport, une perte de ressources intolérable pour les assurances sociales et un manque considérable de rentrées fiscales pour les pays auxquels échappent ces transports !

Le statut de ces routiers roumains ou de ces transporteurs lettons est le même que celui des travailleurs détachés qui sont visés par certains pays-membres à la différence qu’ils sont nomades et non résidents. Pourtant le déplacement de cette activité de transport vers les pays baltes et les Balkans n’est nullement mis en cause, ni par les entreprises de transport, ni par les autorités nationales, pour des raisons de concurrence déloyale qu’elles soient sectorielles, sociales ou fiscales.
Pour quelles raisons les entreprises de transport ouest-européennes, leurs fédérations nationales et leurs relais auprès de la Commission européenne ne crient pas au loup comme d’autres secteurs qui veulent réglementer plus sévèrement le statut des travailleurs détachés. Pourquoi ?

Pour y répondre, on peut supposer que les transporteurs de l’Europe de l’ouest ont ouvert des succursales dans les pays de l’est et qu’ils y organisent les transports qui échappent à leurs entreprises situées en Europe occidentale ou mieux, qu’ils y sous-traitent des transports rémunérés par leurs clients au prix fort à des relais locaux qu’ils rémunèrent aux conditions qui y prévalent et qu’ils engrangent au tournant les bénéfices de la différence des coûts salariaux. Il s’agit d’une dérive qui n’est pas dénoncée puisque profitable à une profession mais qui, au même titre que les travailleurs détachés, provoque une influence négative sur l’emploi. Les entreprises de transport, petites ou grandes, ouest européennes ont-elle des difficultés de recruter des chauffeurs qualifiés ou nos législations sont-elles trop sévères pour engager des chauffeurs routiers dans nos pays de l’Europe de l’Ouest ? Leurs conducteurs des pays de l’est, baltes ou balkaniques sont soumis à leur législation d’origine ce qui veut dire que leurs conditions sociales sont précaires, que leurs possibilités d’hébergement sont aléatoires, que leurs conditions alimentaires sont médiocres et que leur état sanitaire est déplorable, sans parler de l’absence de vie de famille. Ils vivent dans des conditions pires que les travailleurs détachés résidents dont les activités sédentaires sont soumises à une certaine surveillance, même si leur sort n’est pas des plus enviables.

Ces transports routiers de tous ces pays de l’est sont aussi nombreux que variés, semi-remorques, camions, camionnettes, à telle enseigne que leurs plaques d’immatriculations pourraient constituer un jeu de cartes ; ces véhicules encombrent nos routes et constituent un danger réel pour les usagers que nous sommes car ils sont souvent en contravention avec nos législations ouest-européennes : surcharge, temps de conduite dépassé, horodateurs trafiqués, etc. et ils sont à l’origine de nombreux accidents, dus à l’état déplorable des véhicules, la perte de chargements, un état de fatigue non contrôlée y sont monnaie courante.

Il serait intéressant de savoir quelles sont les incitations financières qui prévalent dans les pays baltes ou ceux des Balkans pour acheter et immatriculer des véhicules de transport  ainsi que pour assurer leur amortissement ? Des aides communautaires directes ou indirectes sont-elles possibles pour financer un tel charroi et ainsi favoriser l’emploi dans ces pays est-européens au détriment de nos demandeurs d’emploi et des indemnités de chômage que nous devons verser aux chômeurs dont l’économie ainsi réalisée pourrait bénéficier à assurer une formation dans ce domaine des transports qui est recherché par des demandeurs d’emploi non qualifiés. Il s’agit en l’occurrence d’une transhumance organisée par des entreprises des pays d’origine plus ou moins mafieuses qui doivent bénéficier de la mansuétude (gratuite ?) de leurs autorités et qui répondent à la demande de transporteurs  ouest-européens pour améliorer leurs bilans, toute cette transaction couverte par la cécité des autorités européennes. Il est pour le moins curieux que les transporteurs ouest-européens face à cette invasion venue de l’Est ne soient plus à l’origine de grèves à répétition et de blocages de routes tels que nous les avons connus alors qu’ils revendiquaient une juste et équitable rémunération de leur activité ?

Les travailleurs détachés, qui sont-ils, où sont-ils ? On connaît la rengaine du plombier polonais à quand celle du transporteur letton ou celle du camionneur roumain ?

Merci l’Europe, Merci la libre concurrence… prônée par la Communauté européenne

 

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