LA DÉMOCRATIE EUROPÉENNE – UNE VERTU A GÉOMÉTRIE VARIABLE

L’Europe a fait de ses valeurs morales la pierre angulaire de sa politique démocratique par des règles qu’elle a définies et dont elle s’attribue ‘’légitimement’’ l’application et le cas échéant, les sanctions.juncker_empereur_17_11

La question se pose de savoir si les valeurs dont se prévaut l’Union européenne sont appliquées uniformément dans l’ensemble des pays qui compose l’Union, surtout depuis que des Etats de l’Europe de l’Est ont adhéré à l’UE. Peut-être que ces valeurs morales édictées par nos Eminences européennes ne peuvent-elles pas être applicables telles quelles dans les pays de l’est européen mais, par leur adhésion, elles devraient être la règle commune sans aucune prise en considération de leurs valeurs particulières, aussi respectables soient-elles.

Une autre question qui a son importance et mérite d’être considérée pour juger de la notion même de ces valeurs, est de savoir si elles émanent d’une autorité morale incontestable qui en feraient une règle unique et immuable pour toutes les Institutions politiques et juridiques européennes et impérative pour tous les pays de l’Union sans autre forme de procès. Ces valeurs communes sont-elles recevables dans chacun des pays européens suivant les mêmes critères moraux ou sociétaux édictés par une autorité centrale incontestable et incontestée ou peuvent-elles être interprétées suivant des principes différents qui relèvent de la tradition morale, philosophique, religieuse en usage dans les pays eux-mêmes ? Ces valeurs recouvrent-elles les mêmes principes et sont-elles applicables sans appréciation aucune à tous les pays qui y ont souscrits forcément de par leur adhésion à l’Union Européenne.

La politique européenne en cette matière serait que L’UE devrait donc simplement s’accrocher à la légalité et faire triompher ses valeurs : celles de la justice, de l’Etat de droit, de la non-discrimination. Est-ce aussi évident ? Non, car l’Europe donne le sentiment qu’elle agit, non pas au nom de valeurs incontestables qui seraient les mêmes pour chacun de ses membres alors qu’elles relèvent plutôt d’une appréciation politique de ses intérêts tels qu’ils sont définis à Bruxelles.

La Pologne tombe sous l’application de l’article 7, la procédure de sanctions la plus radicale possible au sein de l’UE que l’on dénomme d’un terme effrayant : ‘’l’ARME NUCLEAIRE’’ par l’évocation du risque manifeste à l’encontre de l’Etat de droit » que représentent les réformes du système judiciaire entreprises par le gouvernement polonais, à savoir la l’élection de 15 juges de la Cour Suprême par une majorité de trois cinquièmes de la Chambre basse du Parlement en lieu et place de l’élection par leurs pairs ! Cette raison est-elle suffisante pour l’application de l’arme européenne suprême ?

La Pologne encore, mais aussi, la Hongrie et la République Tchèque, ont été renvoyées par décision de la Commission européenne devant la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). La Commission estime en effet que ces trois Etats membres n’ont pas respecté leurs obligations concernant l’accueil des réfugiés sous la forme d’une logique de quotas souverainement édictés par la Commission de Bruxelles naturellement ! C’est donc La Commission européenne, organe technocratique de l’Union européenne, garante de l’application des traités qui décide sans concertation de la politique migratoire des Etats-membres, politique qui ne ressort pas spécifiquement d’un traité, mais d’une décision purement communautaire ! Quels pouvoirs, quelles prérogatives se sont arrogés la Commission dans ses décisions sans aucun autre contrôle démocratique qui n’existe pas puisque cet organe ne peut être ni contesté et encore moins mis en minorité et contraint de démissionner ! L’Union européenne est devenue un empire de droit divin !

L’Autriche est déjà pointée du doigt et peut-être bientôt, mise sous tutelle, en raison de la formation d’un gouvernement d’une droite politiquement correcte et d’une aile populiste qualifiée d’extrême-droite par les milieux européens, toujours avides de la dénoncer comme réminiscence obligée du nazisme et d’ignorer le droit démocratique des citoyens à disposer d’eux-mêmes. A ce propos, les Instances communautaires ont-t-elles jamais condamné le gouvernement grec de Tsipras qui était lui aussi pourtant composé en partie de ministres d’une droite souverainiste populiste !

L’Espagne est quant à elle l’exemple même de l’opportunisme de Bruxelles dans l’interprétation de ses valeurs démocratiques pour justifier son refus de prendre position ou plutôt d’engager sa simple médiation dans la vocation autonomiste de la Catalogne. L’UE doit donc simplement s’accrocher à la légalité et faire triompher ses valeurs : celles de la justice, de l’Etat de droit, de la non-discrimination. N’aurait-elle pas cependant pour mission, même à titre de conciliation ou de médiation d’intervenir dans un conflit qui ne la concernerait pas. Aurait-elle pour mission de faire respecter le principe démocratique des droits des individus ? Probablement pas, puisqu’elle est restée insensible à l’application de l’article 155 de la Constitution pour placer la Catalogne sous tutelle, faire emprisonner des élus et de demander l’extradition d’autres personnalités politiques, toutes  poursuivies pour « rébellion », « sédition » et « détournement de fonds publics » alors qu’il s’agissait en fait d’arrestations arbitraires et purement politiques, qui auraient été récusées par la justice belge dans le cas d’un mandat d’arrêt européen pour ne pas céder à l’extradition exigée par Madrid.

Après les élections du 21 décembre et la victoire des Indépendantistes catalans, l’Union européenne interviendra-telle pour faire pression sur le gouvernement espagnol qui se retranche derrière l’indépendance de la justice (vertu de l’UE !) prônée mais ignorée par Mariano Rajoy et ses sbires pour mettre fin à la tutelle de la Catalogne et faire libérer les prisonniers afin qu’ils puissent assister librement à la séance inaugurale du parlement catalan le 17 janvier prochain. Aura-t-elle l’audace d’obliger Rajoy de faire libérer des prétendants à l’investiture ou restera-t-elle arc-boutée sur ses principes de justice, qui sont en l’occurrence bafoués par l’Espagne dont le pouvoir transgresse les  plus élémentaires principes démocratiques ! L’Union européenne n’a que faire de la démocratie et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, il lui suffit simplement s’accrocher à sa légalité et faire triompher ses prétendues valeurs : justice, Etat de droit et non-discrimination, la démocratie ne fait manifestement pas partie de ces valeurs !

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