Archives mensuelles : décembre 2018

UNE NOUVELLE ERE D’EXERCICE DU POUVOIR S’OUVRE DEVANT NOUS

Avant-propos

Vivons-nous les dernières années de la vie politique telle que nous l’avons vécue depuis l’avènement de nos démocraties modernes ou sommes-nous à l’aube d’une nouvelle ère de l’exercice du pouvoir par une démocratie participative.

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Les élections présidentielle et législative en France ont été un échec sévère, sinon une voie de non retour pour les partis politiques de droite comme de gauche sous l’impulsion d’une personnalité charismatique, homme providentiel pour la refondation de la vie politique pour les uns, Jupiter sans avenir pour les autres.

Il est néanmoins évident que son message a pu galvaniser pendant un temps les déçus de la politique traditionnelle, une grande partie du corps électoral, en raison d’un taux abstention considérable, du moins une majorité d’électeurs qu’ils soient de droite, du centre ou de gauche ont été séduits pour un ’’nouveau monde’’ promis par un homme nouveau; cet homme providentiel est parvenu à débaucher nombre de personnalités politiques de ‘’l’ancien monde’’, barons et dignitaires fidèles parmi les fidèles à leur parti de droite ou de gauche de ’’ l’ancien monde ,, qui ont saisi l’opportunité de suivre la ‘’bonne étoile’’ sensée les conduire vers le ‘’Messie’’. Le Jupiter est devenu un autocrate d’un monde qu’il voulait nouveau mais dirigé suivant les principes des partis en place, ceux dans’’ l’ancien monde’’. Pour ce faire, il a eu comme première préoccupation de diviser les partis traditionnels afin de réduire leur influence, sinon de les émietter pour que leur audience s’amenuise et que leur contre-pouvoir ne puisse plus contrevenir à ses immenses ambitions. Il en fut de même avec tous les pouvoirs et corps intermédiaires, politiques, syndicaux et territoriaux afin d’imposer un ‘’New deal’’ à la France dans le cadre de la mondialisation afin que la France du ‘’nouveau monde’’ sans opposition structurée devienne la championne d’une nouvelle Europe refondée. Cette logique est fort attrayante mais ne correspond plus, ni à l’attente des peuples qui ont été les laissés pour compte de la mondialisation, ni aux fissures entre les tenants d’une économie (et d’une politique) protectionniste et ceux qui veulent conserver les principes d’une économie multilatérale.

1 : L’Avenir de nos partis politiques

Devant l’échec des partis ‘’traditionnels’’ dans plusieurs de nos pays occidentaux, la montées des extrêmes, qu’ils soient de droite ou de gauche, la mise en cause de la classe politique ou l’indifférence ou plutôt la désaffection des citoyens face à la politique, la question peut-être posée de savoir quel est l’avenir des partis qui nous sont coutumiers et semblent incontournables dans notre vie politique.

Les partis étaient traditionnellement contestés par leurs électeurs en période électorale souvent sans autre intention que de leur faire une piqûre de rappel de leurs promesses non tenues, mais ils leur restaient fidèles dans leurs votes bien que leurs dirigeants aient été fréquemment désavoués par leurs partisans qui leur restaient néanmoins acquis par tradition ou par principe. Fi de l’électeur, c’est dans notre démocratie les partis qui détiennent le pouvoir et qui l’exercent à leur gré sans tenir compte des aspirations de leurs électeurs et le cas échéant, ignorent superbement la sanction des citoyens sortie des urnes. Ces citoyens conscients de l’importance de leur participation active à la démocratie mais déçus de la politique politicienne des partis politiques se tournent maintenant vers d’autres formes de pouvoirs, actions citoyennes, organes syndicaux, milieux associatifs, qui prennent davantage en compte, du moins en sont-ils  persuadés, leurs intérêts.

En fait, le mode de démocratie qui nous était familier est devenue une particratie et nos gouvernants, ne sont plus des hommes politiques au sens noble du terme mais des politiciens de profession sans aucune vocation ni enthousiasme pour leur tâche dont les mandats sont distribués (et renouvelés) par la grâce des instances internes de leur parti et non par une ferveur populaire citoyenne qui porte un candidat à leur représentation. Même si la plupart de nos élus ne sont pas, ni plus malhonnêtes, ni plus corrompus que par le passé, les citoyens sont lassés de la tradition partisane, de la structure immuable des partis politiques et de la reconduction perpétuelle de leurs mandataires. Il faut bien reconnaître que ce désamour ou plutôt ce désaveu de la chose politique est dû pour une grande part à la disparition ou au renoncement des ‘’Grands Hommes d’Etat’’ qui se dévouaient corps et âme pour le bien commun, celui de leurs citoyens. Cette élite politique fait partie du passé et il serait possible de faire un parallèle entre l’engouement européen lors de la création de l’Union européenne par des hommes politiques qui, par leur charisme, leur force de caractère, leur vision d’avenir galvanisaient les âmes et les cœurs; l’adhésion populaire qu’ils suscitaient contraste avec le découragement actuel et la désaffection des peuples, non pas pour la vocation européenne, mais pour le rejet de représentants technocrates sans envergure, d’une Europe sans âme, serviteurs dévoués mis en place par la bonne grâce de leurs partis nationaux, en fait, un copié / collé de la structure de la particratie nationale à l’échelle de l’Europe.

Les comportements et les pratiques de nombre d’élus sont loin d’êtres exemplaires et de nombreux scandales éclatent au grand jour renforçant le rejet de la chose politique et l’appréciation des élus dans les couches populaires par l’expression ‘’tous pourris’’. Dans le passé, il y a toujours eu des ‘’brebis galeuses’’ mais elles étaient moins nombreuses qu’à présent. Ils avaient pour tradition de souscrire à une éthique auto-respectée et il n’avait nul besoin pour exercer honnêtement leur mission, de charte ou de déclaration d’engagement déontologiques écrits et signés, mais peu respectés comme c’est le cas à l’heure actuelle.

La moralisation de la politique est un slogan répété à l’envi par les partis pour calmer le ‘’bon peuple’’ mais reste lettre morte dans les faits car la majorité des élus de quelque bord qu’ils soient ne sont pas encore prêts à remettre en cause, éventuellement sous une autre forme, leurs privilèges exorbitants et leurs coutumes malsaines qui sont devenues insupportables pour les citoyens. Les gouvernants d’une époque révolue ne passaient pas leur temps à se quereller sur des sujets futiles ou de monopoliser les médias pour persuader les citoyens de leur activité débordante, car ils auraient eu la conviction que c’était du temps volé à leurs électeurs, Nos mandataires actuels passent de plus en plus de temps en commissions de toutes sortes dont celles crées pour dédouaner les uns en compensation de l’impunité des autres, réunions qui ne servent souvent qu’à laver le linge sale en famille afin qu’il présente après lavage une blancheur virginale….. mais à l’extérieur seulement. Sans mettre en cause exagérément l’honnêteté matérielle de nos dirigeants politiques, on peut légitimement s’interroger sur leur honnêteté intellectuelle et leur qualité de leaders politiques.

Afin de donner l’impression aux citoyens qu’ils participent activement à l’élaboration des questions législatives, certains pays ont donné le pouvoir à la population de soumettre des pétitions qui, moyennant un certain quorum, peuvent être présentées à un organe politique, souvent la Chambre des représentants qui décidera de la suite à donner à ces motions. Par manque d’encadrement du contexte de ces pétitions, la fantaisie de certaines d’entre elles, la futilité de certaines autres, elles rendent irrecevables leur revendication avant même leur présentation à l’organe chargé de les apprécier, organe qui, suivant l’ampleur de la vox populi pour la requête ou de son intérêt propre, l’adoptera ou la rejettera ; il s’agit d’un simulacre de démocratie participative, qui a été créé pour éviter des référendums qui sont un appel au peuple sur des questions majeures mais qui s’avèrent être des consultations souvent dangereuses pour le pouvoir de ceux qui nous gouvernent.

Il est de plus en plus courant pour le citoyen de pointer du doigt l’incapacité des hommes politiques de résoudre leurs problèmes et de répondre à leurs préoccupations. Le découragement, voir le dégoût de la chose politique, sont largement répandus parmi les citoyens qui se sentent exclus d’un’’ jeu’’ politique qui les dépasse ou tout simplement, parce qu’ils se sentent bernés par ceux qu’ils ont élu. La lassitude des citoyens provient aussi de la pauvreté de la classe politique dans les débats publics et de la tenue parfois schizophrène de certains élus dans leurs assemblées. Le comportement de certains mandataires et l’étalement sur la place de leur vie privée amènent les citoyens à ne plus s’intéresser qu’à la chronique des ‘’peoples’’ politiques. Une petite politique politicienne dont raffolent certains médias pour abreuver le ‘’bon peuple’’, qui en redemande…et provoquer son anesthésie au grand avantage des élus qui sont ainsi dispensés de rendre des comptes.

Les élus de peuple se pressent, se bousculent les uns et les autres, devant des micros ou des caméras, aux portes des journaux pour donner des interviews, ceci vaut surtout en fin de législature pour persuader leur parti de leur popularité afin de prétendre qu’ils sont irremplaçables avec, accessoirement, la volonté de faire campagne vers les citoyens pour assurer leur réélection mais surtout d’être placés en ordre utile par leur parti afin d’ y parvenir.

Il se fait jour à une véritable désillusion d’un électorat usé par les interminables manœuvres, compromis et même compromissions pour détenir le pouvoir. Ce pouvoir politique ne vaut que par ceux qui détiennent les rênes de son exercice dans les partis, qu’ils soient ministres, sénateurs, députés, membres éminents, organismes d’études, instituts de sondages, Think-tanks, conseillers internes et externes, intermédiaires incontournables des pouvoirs ou contre-pouvoirs à l’intérieur des partis. Il s’agit de briguer un portefeuille( le terme moins sujet à caution serait maroquin) de ministre par nomination directe du parti, de postuler un siège de député par détermination des places en ordre utile sur les listes électorales établies aussi par les partis et de rendre service à des caciques devenus inutiles ou indésirables au sein de leurs partis pour occuper des fonctions dans des organismes périphériques moins brillantes certes, mais fort rémunératrices. Toutes ces normes bien établies d’accès au pouvoir sont aussi traditionnelles que les partis eux-mêmes et malheur aux contrevenants s’ils veulent sauvegarder leur avenir politique. Ce n’est pas l’électeur-citoyen qui détient le pouvoir par son vote, ce sont les partis au pouvoir qui dictent leur loi. C’est le parti qui attribue ce mandat et qui l’exerce de facto en plaçant les candidats en ordre utile pour être élus, ces mandataires ne sont pas élus par l’électeur mais par la grâce du parti auquel ils sont redevables de leur succès électoral.

Les ministres ne valent que par leur nomination et non par leur valeur car mis en place par un savant dosage des origines sociales, des tendances, de l’équilibre entre régions, ils n’agissent que par la volonté des partis qui les ont désignés. La notoriété ne vient que par la suite en fonction de l’importance de leurs attributions ou de leur facilité de communiquer. Aujourd’hui la communication est devenu l’outil indispensable de la perception que le citoyen se fait de ses mandataires.

Aux yeux de nombre d’électeurs, ne sont d’excellents hommes d’Etat que de bons communicants, le message, lui, n’étant que secondaire.

2. la transition vers d’autres formes de gouvernance.

La faiblesse de nos partis politiques traditionnels, pour ne pas dire leur discrédit, laisse la place à des partis que l’on pourrait dénommer partis de contre-pouvoir, soit, parce qu’ils sont issus des partis ‘’historiques’’ et constitués par des dissidents ou des contestataires qui ne se reconnaissent plus dans leurs partis d’origine et veulent défendre les droits ou les idéaux de citoyens davantage sensibilisés par des thèmes majeurs, tels que l’environnement, les droits sociaux, l’identité nationale, l’Europe, la mondialisation, les migrants, thèmes qui ne se retrouvent pas ou sont galvaudés dans les discours des partis traditionnels.

Ces partis populistes de droite comme de gauche sont amenés à disparaître, soit par le renoncement de leurs élus qui ne voient pas leur avenir politique dans ces partis, soit par lassitude de leurs électeurs qui se sentent bernés par leurs déchirements ou leurs reniements. Ils sont généralement confinés dans leur thèmes réducteurs sans projets d’évolution en dehors de leurs dogmes et n’offrent pas une vue perspective sur une organisation alternative de la société.

Ces partis anti-hégémoniques s’ils se veulent antisystème, adoptent néanmoins les mêmes structures obsolètes, les mêmes schémas dépassés, les mêmes recettes surannées ; leurs dirigeants ont les mêmes ambitions personnelles que celles qu’ils dénoncent dans les partis traditionnels. Ils font usage des mêmes moyens de communication, des mêmes canaux de promotion et prodiguent aux médias la même attention au même titre que les partis ‘’traditionnels’’ qu’ils ambitionnent de remplacer.

Ces partis se veulent en dehors du système politique, contestent le pouvoir en place et sont perçus par les partis traditionnels qui se voient contestés comme des populistes, extrémistes fascisants pour les uns, extrémistes gauchistes pour les autres. Ils participent néanmoins d’une façon ou d’une autre à l’ordre social établi et sont intégrés au système politique actuel. Leurs recettes pour parvenir au pouvoir ne sont pas nouvelles, leurs hommes et femmes politiques ne sont pas différents de ceux qui sont en place mais ils ont pour le moment, mais pour combien de temps encore, le vent en poupe car ils sont à la mode, ils surfent sur la vague des difficultés et des scandales que nous connaissons mais leur radicalisation ne survivra pas et leur audience auprès des citoyens n’est qu’éphémère, Soit, ils rentreront dans le rang lorsqu’il parviendront au pouvoir, soit ils seront phagocytés par les partis traditionnels qui les récupéreront, souvent par ambition personnelle de leurs membres qui, ne voyant pas le pouvoir à leur portée, réintégreront le bercail, soit leur division sur des thèmes plus mobilisateurs et plus réducteurs sans projets d’évolution en dehors de leurs principes de base; leurs vues utopistes les diviseront jusqu’à leur disparition. Les partis contestataires qui veulent donner une alternative sur l’échiquier politique au même titre que les partis traditionnels qui luttent pour leur survie, disparaitront pour faire place à une organisation politique différente de la société.

A l’exemple de la France, où le ‘’Nouveau pouvoir’’ rejette les anciens’’ mais les copient par leurs structures et leur gestion ils sont obligés d’évoluer vers une structure partisane, sinon conventionnelle ; ils sont composés en grande partie d’hommes parfois nouveaux dont on ne connaît pas encore l’étoffe mais dont on apprécie la docilité; ils ne se proclament ni de droite, ni du centre ni de gauche mais sont unanimes à renier leurs convictions politiques; dans l’hypothèse de débauchage d’une personnalité d’un parti existant, les ‘’débauchés’’ sont convaincus d’un meilleur avenir que dans leur parti d’origine. En contrepartie de leur reniement Ils reçoivent de nouvelles fonctions plus en vue qui leur permettent de se distinguer plus facilement que dans leur parti d’origine où la concurrence est plus forte et les canaux du pouvoir plus engorgés.

3. l’offre future

La société se transforme au rythme des progrès technologiques actuels, la numérisation, les vecteurs de communication, la mondialisation ; tous les facteurs idéologiques, sociaux, financiers qui nous sont disponibles à chaque instant façonnent notre pensée et révolutionnent notre mode de vie, nos relations humaines et sociales.

Ce monde interconnecté est plus éduqué, moins crédule et surtout plus critique à ce qu’on peut lui offrir. L’information dont il dispose est illimitée, elle lui parvient en temps réel et sa diversité lui permet de mieux juger de l’offre politique.

Ces nouveaux acteurs de la vie politique sont organisés en structures qui correspondent à leurs valeurs ou à leurs idéaux, notamment les Organisations non gouvernementales, en abrégé, ‘’ONG’’ dont une nouvelle formation émerge chaque jour et dont certaines se sont éloignées de leur ‘’objet social’’ d’origine et sont devenues davantage plus politiques que caritatives ou socialement engagées. Ce sont aussi des groupements d’intérêt de tous bords, lanceurs d’alerte, groupes de pression, collectifs, communautés structurées ou autonomes, tous ces nouveaux venus ne se retrouvent pas dans la vie politique telle que celle organisée par les partis traditionnels et offrent une alternative de pouvoir politique plus adaptée à la société actuelle et à ses attentes. Ce sont aussi, les courants, créés par d’anciens responsables, parfois de haut niveau issus de partis traditionnels et qui cherchent de nouveaux chemins pour les mener au pouvoir par une autre voie. Les structures de ces nouveaux venus sur la scène politique sont souples, sinon spontanées et ils ne sont pas corsetés par des codes comme dans les partis traditionnels ; ils répondent à un besoin de liberté dans l’organisation de la vie politique et sociale que les partis structurés ne permettent pas de donner.

Ils constituent à l’heure actuelle un début de mise en réseau qui est transversal dans le recoupement ainsi que dans la complémentarité de leurs activités et vertical dans les contacts directs avec leurs adhérents. La mondialisation et les espaces transnationaux effacent les frontières et donnent un souffle nouveau à l’organisation politique de la société. L’exemple ne viendra pas de la structure de la Communauté européenne calquée sur celle des Etats qui la compose, émanation des partis traditionnels pour la composition du Parlement, mêmes tractations, mêmes pondérations et mêmes intrigues pour la désignation des Membres de la Commission et des autres structures communautaires.

Le Mouvement ‘’En marche ’’ qui était à l’origine un rassemblement d’adhérents zélateurs aurait pu être la préfiguration d’une nouvelle forme de politique non partisane mais les débauchages de personnalités partisanes de gauche, de droite et du centre, l’égo démesuré de son mentor et son ambition jupitérienne d’une gouvernance personnalisée autocratique ont tué dans l’œuf ce mouvement qui s’est orienté et se mue en parti politique traditionnel de droit divin.

L’évolution de la politique se fera non plus sur des structures obsolètes mais sera fondée sur des idéaux communs à des franges de la population dont les réseaux sociaux seront les vecteurs privilégiés pour ces communautés qui permettront de consulter, de présenter des programmes électoraux et de provoquer des élections transnationales en temps réel.

L’échec annoncé de Macron qui a voulu diviser pour régner, supprimer les contre-pouvoirs pour être l’initiateur du New deal ne sera pas l’inspirateur d’une nouvelle politique pour le 21ème siècle car le mouvement naissant pour une démocratie directe en dehors des partis politiques doit être démocratique.